Je m’appelle Adrien Monfleur, J’ai été vidéaste pendant plus de dix ans. À travers l’image et ses mécanismes de narration, mon travail questionnait les multiplicités de relation possibles entre hommes, en mêlant la forme documentaire, fictionnelle ou performative. En 2020, j’ai décidé de quitter l’immatérialité de ce médium pour travailler la matière sous le pseudonyme de Bky Walden ; une référence à mon nom de fée et au livre de Henry David Thoreau pour me rappeler l’importance d’arpenter le monde en poursuivant sa propre quête. Aujourd’hui, mon travail se situe à la frontière entre l’art et l’artisanat à travers la figure du masque que je réalise principalement en textile.

J’ai grandi en Égypte, baigné par les formes et les motifs géométriques aux allures d’architecture organique. Ces ornementations complexes, conçues à partir de formes simples, des cercles et des droites, me rappellent la simplicité du fil et ses nombreuses possibilités d’intrications. J’explore ce matériaux en intervenant sur les différentes étapes de son ennoblissement, du moulinage au tressage, en passant par le crochet et le tissage. Ma fascination grandissante pour les outils inventés par l’être humain, que ce soit les métiers à tisser, les métiers bois de tressage ou ceux liés au moulinage, me pousse à rencontrer des artisans, des associations et des industriels. Avec eux, je passe du temps pour apprendre les gestes et les techniques qui vont me permettre de créer des éléments textiles uniques et de bonnes factures. En parallèle, j’expérimente d’autre technique artisanale et d’autre matériaux comme la céramique et le cuivre. A travers ces savoir-faire, je cherche à redonner de la valeur aux matériaux dans une recherche de beauté et d’esthétique influencée par les éléments de la nature et l’art oriental.

J’aime dire que je suis l’artisan d’êtres tout droit sortis d’un mythe que j’écris au fur et à mesure des masques que je crée pour eux. À travers ce travail de la main, puisement ancré dans l’histoire de l’humanité, qui lie le geste à la pensée, je cherche un sens à la condition humaine. En perpétuant ces traditions artisanales et celle de créateur de masque, qui a traversé les âges du paléolithique supérieur jusqu’à aujourd’hui, je laisse apparaître dans la matière des êtres sans visages. Chacun d’eux fait parti du mythe intitulé : Esse Terrae, mêlant récit imaginaire et faits historiques.

Être face à ces masques, c’est contempler notre histoire, notre humanité. C’est expérimenter un acte de « dévisagement » où regarder l’altérité revient à se regarder soi. Alors chacun peut être porté par des sujets d’ontologie qui invitent à comprendre notre relation au monde ainsi que l'impermanence de celui-ci.

Restitués principalement lors de performances et de quelques expositions, je cherche encore aujourd’hui le moyen adéquate pour exposer mes masques : mannequin industriel, tête en céramique, sur pied ou accroché au mur, défilé, photographie, mise en scène, scénographie ou tout à la fois.
© Vinus